« Pour les futures opérations de fusions-acquisitions en Asie du Sud-Est, les acquéreurs mondiaux ou régionaux, soucieux des risques liés à la gestion, de la complexité réglementaire ou de la volatilité des marchés, structureront les mécanismes de transaction afin d'aligner les incitations à long terme. Qu'il s'agisse de rachats par étapes, comme l'acquisition d'Atome par Grab à hauteur de 60 % en début de contrat, ou d'opérations entièrement en actions, comme l'acquisition de Tazapay par Circle, structurer les rémunérations en fonction des performances futures permet d'aligner les équipes dirigeantes et d'atténuer les risques extrêmes tout en facilitant l'expansion géographique. » – Jeremy Au
« L’histoire technologique de l’Asie du Sud-Est a été largement marquée par la stratégie des super-applications : s’attaquer d’abord aux principaux problèmes de la vie quotidienne, comme les transports, puis s’étendre à des secteurs comme l’alimentation et les courses, proposer une solution de paiement améliorée et, à terme, dominer les services financiers aux consommateurs. L’infrastructure de base étant désormais en place, la demande restante à satisfaire se situe au niveau du crédit, ce qui confère un caractère stratégique aux acquisitions fintech d’envergure, comme le rachat d’Atome par Grab. » – Wing Vasiksiri
« Nous assistons enfin à l'émergence d'opérations de fusions-acquisitions technologiques de grande envergure en Asie du Sud-Est, de l'acquisition d'Atome Financial par Grab pour 1,5 milliard de dollars à celle de Tazapay par Circle pour 400 millions de dollars. Ces transactions démontrent que les plateformes de services financiers déployées à Singapour, en Indonésie, en Malaisie, en Thaïlande et aux Philippines ont atteint la taille critique, les autorisations réglementaires transfrontalières et le volume de transactions nécessaires pour devenir des cibles de choix pour les acquéreurs internationaux et les géants technologiques cotés en bourse. » - Wing Vasiksiri
Wing Vasiksiri, investisseur et bâtisseur d'écosystèmes, revient pour analyser deux des plus importantes opérations de fusions-acquisitions technologiques en Asie du Sud-Est de ces dernières années, annoncées à une semaine d'intervalle : l'acquisition par Grab de 60 % d'Atome Financial auprès d'Advance Intelligence Group pour 1,5 milliard de dollars, assortie d'un complément de prix sur deux ans pour les 40 % restants, et l'acquisition par Circle de Tazapay, société fondée à Singapour, pour environ 400 millions de dollars, entièrement en actions. Wing et Jeremy Au examinent en détail pourquoi la structure de ces transactions est plus importante que les chiffres globaux (les compléments de prix et les prises de participation permettent aux acquéreurs mondiaux et régionaux d'intégrer le risque lié aux équipes dirigeantes d'Asie du Sud-Est), et pourquoi Grab investit des liquidités que les investisseurs particuliers américains ne valorisent pas pleinement dans de nouvelles stratégies de croissance plutôt que dans des dividendes. Ils abordent également le fonds contracyclique de plus de 200 millions de dollars lancé par Singapour pour soutenir la fintech, la croissance du e-commerce toujours présente au Vietnam, en Indonésie et en Malaisie, les raisons pour lesquelles la Thaïlande et la Malaisie dominent le marché des data centers tandis que Singapour s'en est structurellement tenu à l'écart, et l'arrivée d'OpenAI et des néolabs dans la région.
00:00 Les fusions-acquisitions technologiques en Asie du Sud-Est prennent leur envol : Grab annonce un accord de 1,5 milliard de dollars pour Atome Financial tandis que Circle acquiert la société de paiements B2B Tazapay pour 400 millions de dollars.
03:14 Synergies entre Grab et Atome : combiner les réseaux de vente au détail BNPL hors ligne avec la livraison de repas pour construire un vecteur orthogonal contre Sea Group.
04:38 Structures d'accord uniques dans la technologie régionale : comment les rachats par étapes et les mécanismes liés à la performance réduisent les risques pour les acquéreurs et alignent les équipes de direction.
06:36 La souscription comme avantage concurrentiel : Grab tire parti de l'expérience d'Atome en matière de crédit dans plusieurs pays, de ses lignes de crédit institutionnelles et de l'envergure de son portefeuille.
11:08 Déploiement stratégique de trésorerie : Grab utilise sa trésorerie disponible pour des acquisitions stratégiques à forte croissance plutôt que pour des rachats d'actions traditionnels sur le marché public.
12:51 Circle acquiert Tazapay : les licences réglementaires transfrontalières et l’infrastructure de paiement mondiale permettent un rendement multiplié par 6 pour les premiers investisseurs en capital-risque.
18:02 Initiative fintech de Singapour de plus de 200 millions de dollars : des fonds publics interviennent pendant une période de faible déploiement des investissements en capital-risque pour soutenir des stratégies de sortie régionales éprouvées.
19:50 Essor du commerce électronique en Asie du Sud-Est : la croissance à deux chiffres des installations d’applications au Vietnam, en Indonésie et en Malaisie crée des opportunités secondaires pour les startups.
26:02 Les laboratoires d'IA de pointe s'étendent à la région Asie-Pacifique : OpenAI et neolabs établissent leur siège social à Singapour et lancent des programmes d'accélération en Thaïlande.
27:18 Le boom des centres de données en Thaïlande et en Malaisie : une énergie abondante, des terrains bon marché et un modèle « apportez votre propre puce » stimulent les investissements des hyperscalers chinois.
Mots-clés : Technologies en Asie du Sud-Est, Fusions et acquisitions, Grab, Atome, Circle, Tazapay, Acquisitions fintech, Fintech singapourienne, Centres de données en Thaïlande, BNPL (Buy Now, Pay Later), Paiements transfrontaliers, Stratégie de super-application, Capital-risque en Asie du Sud-Est
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Introduction
Jeremy Au : Salut Wing. Content de te voir.
Jeremy Au : Comment va la vie pour toi ?
Wing Vasiksiri : Pareil. Oui, je suis à Singapour depuis presque un an maintenant, donc je me sens bien intégrée et j’ai hâte de reprendre du service.
Wing Vasiksiri : Je crois que c’est la deuxième fois que nous nous parlons depuis mon déménagement ici, alors je suis ravie de reprendre contact et de rattraper le temps perdu.
Jeremy Au : Oui, la dernière fois, c'était en présentiel, donc on se retrouve à distance cette fois-ci, puisque tu es en déplacement professionnel. C'est un plaisir de te revoir. On aimerait parler des dernières actualités, et j'ai trouvé assez intéressant de constater récemment plusieurs opérations de fusion-acquisition.
Deux sorties de sociétés fintech en une semaine
Jeremy Au : Il me semble que Grab vient d'acquérir 60 % d'Atome, une société de paiement fractionné appartenant à Advance Intelligence Group. Et je crois que c'est vous qui m'avez mentionné que Circle Internet Group, le stablecoin USDC, a récemment racheté Tazapay, une entreprise de paiements B2B, pour environ 400 millions de dollars. C'est une période plutôt intéressante.
Wing Vasiksiri : Oui, je trouve ça super excitant. Surtout avec l'annonce concernant Atome, qui a été faite hier soir, n'est-ce pas ? Grab a annoncé l'acquisition de 60 % d'Atome Financial pour 1,5 milliard de dollars. C'est une acquisition considérable pour la région, et il me semble que l'accord prévoit l'acquisition des 40 % restants dans les deux ans qui suivront la clôture de la première tranche.
Wing Vasiksiri : C'est vraiment formidable ! Je pense que, tout comme les annonces concernant Circle et Tazapay la semaine dernière, beaucoup de questions que se posaient les investisseurs sur la liquidité et les sorties de marché commencent enfin à se poser. On assiste en effet à la concrétisation de ces fusions-acquisitions d'envergure en dehors de la région. Je ne sais pas si le fait qu'elles aient été annoncées à une semaine d'intervalle est une coïncidence, mais j'espère sincèrement que c'est le début d'une série de bonnes nouvelles et d'opérations de sortie de marché, comme celles que l'on observe à Singapour et dans toute l'Asie du Sud-Est.
Wing Vasiksiri : Ce qui est intéressant, c’est que ces deux entreprises ont des caractéristiques similaires : ce sont des fintechs qui opèrent principalement en Asie du Sud-Est. On dirait donc que les entreprises de services financiers ont atteint un stade où leur marché est suffisamment important et où elles ont servi suffisamment de clients pour devenir des cibles intéressantes d’acquisition ou de sortie pour les grandes entreprises. Espérons que cette tendance se poursuive.
Synergies entre Grab et Atome contre Sea Group
Jeremy Au : Génial. Et je pense que j'aimerais aussi en parler, notamment des synergies théoriques, pour expliquer en quoi cette acquisition est pertinente. Du point de vue de Grab, c'est logique. Ils ont une clientèle énorme, évidemment. Tout le monde utilise leurs services. Ils ont aussi des chauffeurs et de nombreuses petites entreprises clientes. Quant à Atome, ils proposent le paiement différé, une forme de crédit, et je crois qu'ils ont également beaucoup de commerçants. Donc, sur le papier, il y a un fort potentiel de synergies en matière de ventes croisées. Ce qui m'a paru intéressant, c'est qu'au-delà du doublement du portefeuille de prêts, d'après leur publication LinkedIn, le fait qu'ils n'acquièrent que 60 % de l'entreprise m'a surpris, car d'habitude, on les voit en acquérir 100 %.
Jeremy Au : C'est le cas classique des fusions-acquisitions technologiques. Choisir d'acquérir 60 % d'emblée et lier les 40 % restants à un cadre axé sur la performance, c'est un mécanisme assez intéressant, car on ne voit pas ça dans la Silicon Valley. Je ne connais pas beaucoup d'opérations de ce type.
Jeremy Au : Je crois que c'est parce que, selon moi, ça empêche de surpayer, non ? On achète 60 % maintenant, puis on voit si Atome diminue – ça agit comme un levier naturel sur le prix de la transaction pour les 40 % restants. Mais si Atome grandit encore, alors on paie plus cher, c'est ça ?
Jeremy Au : Donc, ça arrange les deux parties. Je trouvais d'ailleurs la structure de la transaction intéressante.
Wing Vasiksiri : Oui, vous avez raison. On ne voit pas ça très souvent, et cela montre peut-être que les acquéreurs conservent un certain pouvoir de négociation sur le marché. On ne verrait probablement pas une telle situation s'il y avait plusieurs acquéreurs en concurrence pour racheter le même actif.
La stratégie des super-applications et les secteurs verticaux mal desservis
Wing Vasiksiri : Oui, je pense que la question que vous avez posée concernant les synergies est excellente et que nous devrions en parler un peu plus. Si l’on prend du recul, l’Asie du Sud-Est a surtout… l’histoire technologique ici a été axée sur la stratégie des super-applications, n’est-ce pas ?
Wing Vasiksiri : Sur les marchés émergents, les utilisateurs se soucient généralement de deux choses : le prix et la praticité. Une stratégie de super-application permet donc de proposer davantage de services au même endroit, ce qui se traduit par une meilleure expérience client. Je pense que l’approche de Grab/Gojek peut se résumer ainsi : tout d’abord, on part d’un problème majeur, n’est-ce pas ?
Wing Vasiksiri : Il s'agit des transports dans certaines des villes les plus congestionnées du monde. Vous vous étendez à d'autres secteurs clés : l'alimentation, la pharmacie, les repas. Vous proposez des solutions de paiement plus performantes, comme GrabPay et GoPay, et vous finissez par dominer l'ensemble des transactions financières des consommateurs, n'est-ce pas ? C'est là, je pense, que le crédit et le modèle BNPL (Buy Now, Pay Later) entrent en jeu.
Wing Vasiksiri : Et je pense que la stratégie des super-applications fonctionne parce qu’à leurs débuts, il y avait un manque d’infrastructures de base qui a empêché le développement de nombreuses solutions verticales, n’est-ce pas ? Je pense qu’il y a eu une époque, et c’est probablement encore le cas aujourd’hui, où des services comme les paiements et la prévention de la fraude – Grab et Gojek disposaient sans doute des meilleures technologies du marché – étaient à la pointe, non ?
Wing Vasiksiri : Ils ont donc bâti cette infrastructure, puis se sont développés horizontalement. Et maintenant, si l'on prend du recul, on se demande où se situent la croissance et la demande encore insatisfaites. Je pense qu'il s'agit de secteurs fondamentaux comme la santé, l'éducation, la logistique et le crédit en particulier, ce qui rend l'acquisition d'Atome particulièrement intéressante.
La souscription comme véritable rempart
Jeremy Au : Je pense que l'essentiel, si on y réfléchit, ce n'est pas seulement la portée, mais aussi l'expertise d'Atome en matière d'analyse de crédit. Ce n'est pas une compétence facile à acquérir en Asie du Sud-Est. J'ai observé de nombreuses fintechs dans cette région, et j'ai constaté que beaucoup d'équipes se contentent d'affirmer que l'analyse de crédit est importante, sans pour autant proposer une analyse de qualité. Cela peut être dû au marché, à leurs méthodes d'analyse, ou même à la structure de leurs prêts. Les effondrements qui en ont résulté ces cinq dernières années ont été une leçon très instructive. Et je pense que c'est précisément pour cela que Grab rachète Atome : pour bénéficier de cette expertise.
Jeremy Au : Mais je pense aussi que, dans une certaine mesure, cela concerne également les lignes de crédit des banques qui font confiance à Atome pour l’analyse des risques jusqu’à présent. Il ne s’agit pas seulement de l’analyse des risques, mais aussi de l’expérience en la matière, qui permet de constituer un portefeuille de prêts important.
Wing Vasiksiri : Oui, ils opèrent clairement à grande échelle, n'est-ce pas ? Exactement comme vous l'avez dit. Je vous donne quelques chiffres. Un chiffre d'affaires net annualisé de plus de 500 millions de dollars en 2025, pour un portefeuille de 6 milliards de dollars de volume brut de marchandises annualisé réparti entre Singapour, la Malaisie, les Philippines, l'Indonésie et la Thaïlande. 25 millions d'utilisateurs ayant effectué des transactions au total.
Wing Vasiksiri : Ils ont donc atteint une certaine envergure, et honnêtement, cela semble parfaitement convenir à Grab et à sa stratégie d'expansion, n'est-ce pas ? Je pense que Grab a évidemment rencontré des difficultés sur les marchés publics, et je pense qu'une acquisition comme celle-ci est très synergique pour eux, parfaitement adaptée à leur taille.
Le parcours atypique d'Atome pour collecter des fonds
Wing Vasiksiri : Je pense qu'il serait intéressant d'aborder un autre point : Atome n'était pas une startup typique de la région, n'est-ce pas ? Ce n'est pas le parcours classique avec des levées de fonds d'amorçage, de série A et de série B. Il s'agissait en fait d'une branche d'activité créée au sein d'un groupe plus important. Ce n'était donc pas une entreprise indépendante.
Wing Vasiksiri : Je crois que le fondateur, Jeff Chen, a créé Advance Intelligence Group en 2016. Il a ensuite lancé plusieurs solutions au sein de ce groupe, dont Atome. Et si l'on regarde leur historique de levée de fonds, on constate qu'ils n'ont pas eu besoin de passer par les traditionnelles levées de fonds de série A et B.
Wing Vasiksiri : Je vois qu'ils ont levé des fonds importants lors d'une série C en 2019, puis 400 millions de dollars lors d'une série D auprès de SoftBank, Warburg Pincus, Vision Plus Capital, EDBI et Northstar. Cela ressemble donc davantage à une entreprise de croissance soutenue par du capital-investissement qu'à une startup technologique à forte croissance levant des fonds auprès des sociétés de capital-risque classiques dont on parle souvent.
Wing Vasiksiri : C’est toujours super intéressant, mais oui, c’est très intéressant de voir un modèle d’entreprise différent atteindre cette envergure et réussir aussi bien.
Jeremy Au : Oui, ça a dû être une sacrée négociation entre ces deux conglomérats, tous deux capables de poursuivre leur croissance. Grab disposait déjà de sa propre solution fintech ainsi que d'un partenariat bancaire numérique avec GXS.
Jeremy Au : Comme vous l'avez dit, Advance Intelligence Group possède également son propre conglomérat. Les négociations ont donc dû être intéressantes. Un autre aspect de la transaction qui mérite réflexion est son issue favorable pour les actionnaires. Je dirais que oui, car si je me souviens bien, Advance Intelligence Group était valorisé à environ 2 milliards de dollars en 2021. Si l'on vend 60 % d'une unité commerciale pour 2 milliards de dollars, on se retrouve face à une question cruciale : que représenteront les 40 % restants ? Vaudront-ils également 2 milliards de dollars ?
Jeremy Au : Le chiffre d'affaires pourrait-il atteindre 4 milliards de dollars en cas de bons résultats ? Ce sont autant d'opportunités de croissance pour l'entreprise. Je suis certain qu'Advance Intelligence Group prend la décision de privilégier ce prix plutôt que de poursuivre seul avec Atome.
Jeremy Au : C'est un choix intéressant pour Advance Intelligence Group, et je me demande comment cet argent sera utilisé. Sera-t-il réinvesti dans d'autres secteurs d'activité d'Advance Intelligence Group, ou servira-t-il à rembourser les premiers actionnaires de leur propre entreprise ? C'est donc une situation plutôt intéressante.
Grab en tant qu'acquéreur actif
Wing Vasiksiri : Oui, tout à fait. Ils ont pris la décision, n'est-ce pas ? Ils ont obtenu les liquidités nécessaires, et c'est très important pour la maison mère aussi, n'est-ce pas ? C'est une acquisition majeure. Donc, il semble que ce soit une excellente nouvelle, j'en suis sûr, pour les premiers actionnaires, la direction et les employés. L'autre aspect à prendre en compte, c'est que Grab enchaîne les acquisitions ces derniers temps, non ?
Wing Vasiksiri : Je crois que c'est leur troisième acquisition cette année. Ils ont racheté Stash pour 425 millions de dollars, puis Foodpanda Taiwan pour 600 millions. Grab semble donc investir massivement et chercher à se développer, probablement pour atteindre la rentabilité. La concurrence de GoTo et GoPay en Indonésie y contribue sans doute.
Wing Vasiksiri : Mais oui, dans tous les cas, je pense que c’est une excellente période pour être fondateur dans la région, pour être investisseur dans la région et pour assister à certains de ces développements super passionnants.
Jeremy Au : Oui, je pense que c'est intéressant pour Grab, car lors de notre précédente conversation, nous avons évoqué le fait que l'Asie du Sud-Est avait davantage besoin d'une approche de sortie par fusions-acquisitions pour les startups qui n'ont pas besoin d'aller jusqu'à l'introduction en bourse.
Jeremy Au : Mais Grab se comporte désormais comme un acquéreur actif. Du point de vue d'un investisseur particulier américain, où Grab est cotée en bourse, c'est assez intéressant à observer. À mon avis, l'entreprise reste légèrement sous-pondérée, car les investisseurs particuliers américains n'utilisent pas vraiment Grab et ne sont pas familiers avec la plateforme.
Jeremy Au : Si l'on regarde Grab, une société cotée en bourse, on constate qu'elle génère d'importants bénéfices. Je pense que ces transactions sont plutôt judicieuses, car elles permettent d'utiliser les liquidités sous-évaluées par les investisseurs particuliers pour réaliser des acquisitions et développer de nouvelles activités, offrant ainsi de nouvelles perspectives de croissance à ces mêmes investisseurs.
Jeremy Au : Je pense que c'est probablement la meilleure utilisation de ces liquidités. Par exemple, si une entreprise pétrolière et gazière disposait d'autant de liquidités, verserait des dividendes à ses actionnaires pour faire remonter le cours de l'action. Je trouve donc que c'est une approche vraiment intéressante.
Circle acquiert Tazapay pour 400 millions de dollars
Jeremy Au : De mon point de vue, Tazapay était également un cas intéressant. Je trouvais que leur opération de fusion-acquisition était beaucoup plus simple. Fondée en 2020, la société a levé environ 60 millions de dollars lors de ses tours de table d'amorçage et de série A auprès de Peak XV, Saison Capital et PayPal, avant d'être rachetée pour 400 millions de dollars.
Jeremy Au : Donc oui, cela représente une plus-value d'environ 6 fois, ce qui est un bon résultat. Et je dirais même un excellent résultat, car en six ans, vous avez obtenu une plus-value de 6 fois et la transaction a été conclue. Oui, c'était plutôt bien.
Wing Vasiksiri : Oui, absolument. Je pense que c’était la nouvelle marquante de la semaine dernière, et c’est formidable d’avoir une succession de cessions et d’acquisitions intéressantes.
Wing Vasiksiri : Oui, c'est une entreprise relativement jeune. Je me souviens de leur levée de fonds d'amorçage pendant la pandémie, menée par Peak XV, je crois. Le fondateur, Rahul, était un entrepreneur reconnu, non ? Il a passé dix ans chez PayPal et a piloté la croissance du chiffre d'affaires de Stripe en Asie-Pacifique. Il possède donc une solide expérience dans le secteur des paiements.
Wing Vasiksiri : Ils ont manifestement identifié un problème, su comment le résoudre et l’ont fait avec brio. Ce qui est intéressant, c’est qu’ils ont commencé à Singapour. Je crois qu’ils ont d’abord ciblé les marchés régionaux, mais ils ont connu une croissance fulgurante.
Wing Vasiksiri : J’ai lu qu’ils disposaient de systèmes de distribution dans plus de 100 marchés. Ils étaient agréés par la MAS, mais aussi par FINTRAC au Canada, AUSTRAC en Australie et FinCEN aux États-Unis. Il s’agissait donc d’une entreprise véritablement mondiale, née dans cette région, et Circle a d’ailleurs mené leur levée de fonds de série B, si je ne m’abuse.
Wing Vasiksiri : Et puis, ils ont fini par racheter l'entreprise. Je suis certain que c'est une excellente opération pour les fondateurs et les premiers investisseurs. Ils ont levé 60 millions de dollars, donc nous ignorons la valorisation lors des tours de table suivants, mais c'est déjà très significatif. On ne voit pas souvent d'acquisitions de cette ampleur dans cette région et sur une période aussi courte, et je pense donc que c'est une excellente chose pour toutes les parties concernées.
Wing Vasiksiri : C'est clairement avantageux pour Circle et ses projets, n'est-ce pas ? Je suis sûr que Circle, société cotée en bourse aux États-Unis, ressent peut-être une certaine pression de la part de Stripe et de ce qu'ils font avec l'USC ouvert avec Visa, MasterCard et d'autres sociétés de paiement. Mais l'USDC reste, je crois, juste derrière l'USDT.
Wing Vasiksiri : En rachetant Tazapay, ils s'intègrent directement à l'infrastructure financière et aux systèmes mis en place par l'équipe. Alors, oui, félicitations à tous ceux qui ont participé à cette opération. Je trouve ça génial.
Alignement des incitations avec les attributions d'actions et les compléments de prix
Jeremy Au : Oui, je pense qu'il y a beaucoup de synergies intéressantes, et c'est un domaine que je connais moins bien. Entre Wing et moi, je pense que Wing est bien plus compétent que moi en matière de Bitcoin et de cryptomonnaies. Je suis beaucoup plus axé sur les entreprises traditionnelles. Mais je pense que l'un des points intéressants, comme je l'ai dit, c'est que pour Circle, c'est logique : il s'agit d'une expansion géographique, n'est-ce pas ?
Jeremy Au : Ce documentaire aborde de nombreux pays qu'ils ne couvrent pas encore. C'est une histoire intéressante. Ce qui est également intéressant, à mon avis, c'est qu'il s'agissait, je crois, d'une transaction entièrement en actions. Cela donne donc une dimension un peu différente en Asie du Sud-Est par rapport aux États-Unis.
Jeremy Au : Aux États-Unis, les acquisitions se font généralement en numéraire, n'est-ce pas ? Parfois moitié en numéraire, moitié en actions, ou une bonne partie en numéraire également. Je pense donc que cette acquisition de Tazapay, entièrement en actions, constitue une autre particularité de l'Asie du Sud-Est. Ce qui est commun, et qui est à mon avis sous-estimé, entre cette acquisition et celle d'Atome, c'est que leurs transactions semblent avoir été structurées en fonction des performances de l'équipe dirigeante.
Jeremy Au : Donc, même lors d'une transaction entièrement en actions chez Circle, l'entreprise reste incitée à poursuivre sa croissance. Il est essentiel d'éviter une baisse du cours de l'action Circle, etc. Bien sûr, l'impact réel de Tazapay sur Circle est une toute autre question.
Jeremy Au : Mais la prise de participation permet d'aligner les intérêts sur la croissance à long terme, et c'est également le cas pour l'acquisition d'Atome par Grab. Le fait d'acheter 60 % et de s'engager à en acquérir 40 % dans les prochaines années en fonction des performances constitue aussi une stratégie d'alignement des intérêts sur la performance, n'est-ce pas ?
Jeremy Au : Mon principal enseignement est que, pour les futures opérations de fusions-acquisitions, un acquéreur mondial ou régional, soucieux des risques inhérents aux équipes dirigeantes, voire des risques réglementaires ou de marché liés à une entreprise d’Asie du Sud-Est, structurera ses mécanismes en conséquence afin d’aligner ces incitations et de réduire le risque extrême, c’est-à-dire le risque de départ précipité de l’équipe dirigeante, l’empêchant ainsi de s’investir pleinement dans sa nouvelle zone géographique.
Wing Vasiksiri : Oui, tout à fait. Je pense que cela montre que les deux acquéreurs ont une haute opinion de l’équipe dirigeante actuelle. Ils souhaitent qu’elle continue à travailler et à évoluer.
Wing Vasiksiri : Et ce n'est pas rare aux États-Unis, où l'on se retrouve avec des contrats d'acquisition de quatre ans assortis d'une clause de dépendance. Je pense que ce sont d'excellentes acquisitions pour ces deux entreprises, donc c'est vraiment très enthousiasmant.
L'offensive de Singapour dans le secteur de la fintech, dotée de plus de 200 millions de dollars
Jeremy Au : Oui. En prenant un peu de recul, je pense que cela s'explique par le fait que Singapour demeure un pôle d'excellence en matière de technologies financières. Il est également intéressant de noter que, malgré le ralentissement des investissements en capital-risque, le gouvernement singapourien met en place un fonds de plus de 200 millions de dollars pour financer les jeunes entreprises technologiques et fintech par le biais de ses différents ministères et organismes.
Jeremy Au : Je trouve donc intéressant de voir Singapour intervenir pour injecter des liquidités dans le secteur fintech émergent. C’est un choix judicieux, car des sorties réussies ont déjà été constatées. L’intérêt est manifeste et l’écosystème est excellent, Singapour étant un pôle fintech de premier plan. Il y a donc une forte synergie avec la stratégie de Singapour en matière de centre financier.
Wing Vasiksiri : Je pense donc que c’est une bonne initiative de la part de Singapour de faire avancer ce projet pendant cette période de ralentissement des investissements en capital-risque.
Wing Vasiksiri : Oui, je pense que le gouvernement a bien réfléchi aux domaines d'investissement stratégiques et prioritaires pour le pays. La fintech en fait évidemment partie, et Singapour mise vraiment sur les efforts déployés depuis longtemps pour s'imposer comme l'un des pôles fintech incontournables au niveau mondial.
Wing Vasiksiri : Vous disposez de l’agrément de la MAS et du Fintech Sandbox qui permet d’expérimenter. Vous bénéficiez également de la proximité de tous ces grands marchés. Ainsi, lorsqu’une fintech se développe à Singapour, elle s’étend généralement très rapidement au Vietnam, en Indonésie, en Thaïlande et en Malaisie. Cela implique de mettre en place toute la connectivité et les intégrations bancaires de A à Z dans chaque pays où elle s’implante.
Wing Vasiksiri : On finit donc par développer une grande partie des compétences et des infrastructures nécessaires. J’ai constaté de nombreuses initiatives dans les domaines de la fabrication de pointe et de la robotique ; je pense donc que c’est le moment idéal pour investir ici.
Croissance du commerce électronique et la prochaine vague de consommateurs
Wing Vasiksiri : L’autre statistique que j’ai vue et qui était très intéressante concernait la croissance du e-commerce en Asie du Sud-Est. La société d’analyse Adjust a publié un nouveau rapport sur l’utilisation et le téléchargement d’applications e-commerce, et le Vietnam, l’Indonésie et la Malaisie se classent en tête. C’est vraiment très intéressant : nous pensons avoir atteint une certaine taille pour de nombreux services de base comme le e-commerce, mais on constate qu’il y a encore un fort potentiel de croissance.
Wing Vasiksiri : Au Vietnam, les installations ont augmenté de 42 % et les sessions de 21 %. En Indonésie, on observe des hausses respectives de 36 % et 62 %. En Malaisie, de 14 % et 38 %. Ces données proviennent de la newsletter Asia Tech Review de John Russell, que je remercie chaleureusement. Il est clair que cela aura de nombreuses répercussions en aval. Je me demande notamment comment les jeunes startups peuvent tirer parti de cette situation, car les principaux bénéficiaires de cette croissance sont les grands conglomérats comme Lazada, Shopee et Sea Limited.
Wing Vasiksiri : Ce sont clairement les leaders du marché dans toute la région. Mais je pense que le fait que les consommateurs téléchargent ces applications, achètent en ligne et passent plus de temps sur Internet aura probablement des répercussions indirectes, favorisant l'émergence de nouvelles entreprises grand public. Cela fait longtemps que nous n'avons pas vu ça, n'est-ce pas ? Cela fait longtemps que nous n'avons pas vu émerger de grandes entreprises grand public dans cette région.
Wing Vasiksiri : Nous avons constaté un fort intérêt pour le marché B2B, mais il sera intéressant de voir si cette dynamique positive finira par créer également de nombreuses entreprises grand public.
S'attaquer de front aux élus en place fonctionne rarement
Jeremy Au : Je crois que ça me rappelle deux ou trois choses. La première, c'est que Grab et Atome sont concurrents de Shopee et du groupe Sea, n'est-ce pas ?
Jeremy Au : Parce qu’Atome travaillait beaucoup avec le commerce de détail physique, n’est-ce pas ? Pour les magasins « achetez maintenant, payez plus tard », tandis que Grab s’est historiquement concentré sur la restauration et la livraison. Donc, si l’on combine la restauration, la livraison et le commerce de détail, il est évident que tous les livreurs Grab récupèrent des commandes de repas dans les commerces.
Jeremy Au : C'est donc un axe de développement orthogonal assez intéressant face à Sea Group, qui est principalement actif en ligne, n'est-ce pas ? Du e-commerce, en particulier. Je serai donc curieux de voir la riposte de Sea Group. Car Sea Group propose également une solution d'achat immédiat et de paiement différé dans son application, que j'ai pu constater. Il sera donc intéressant de voir comment cette concurrence, amicale ou non, va évoluer.
Jeremy Au : Je pense que l’autre aspect important, c’est que cela nous rappelle que certains secteurs finissent par se saturer, n’est-ce pas ? Et qu’il ne reste plus que quelques leaders, le pionnier, le second. Si on prend l’exemple des VTC aux États-Unis, il n’y a qu’Uber et Lyft, pas vrai ? Ils sont bien implantés. En Asie du Sud-Est, il y a Grab et, sans doute, Gojek aussi. Et je pense qu’une fois que le marché s’est développé et qu’un leader s’est imposé, il devient difficile de créer une autre application.
Jeremy Au : Je me souviens que quelqu'un se plaignait récemment qu'en Malaisie, une quinzaine de sociétés de covoiturage avaient vu le jour ces deux dernières années, et tout le monde se demandait : « Pourquoi y a-t-il autant d'applications de covoiturage qui apparaissent maintenant ? Ce marché n'est-il pas déjà saturé ? »
Jeremy Au : C'est un point que les fondateurs doivent bien prendre en compte : une fois un marché saturé, il faut l'aborder sous un angle différent. Aux États-Unis, pour Uber et Lyft, leur principal concurrent est Cybercab, n'est-ce pas ? Tesla, qui se lance dans les taxis autonomes. Autre concurrent sérieux : Waymo. Ces deux services proposent des véhicules 100 % autonomes, sans conducteur, contrairement à Uber et Lyft qui emploient du personnel. Les jeunes startups devraient donc bien réfléchir à la possibilité d'affronter de front Grab-Atome et Shopee.
Wing Vasiksiri : Oui, absolument. C'est un vrai défi, n'est-ce pas ? Ces acteurs sont très importants et évoluent à une vitesse fulgurante. Je pense donc qu'une confrontation frontale n'est probablement pas la meilleure stratégie. Il faut plutôt trouver son propre créneau, se spécialiser et se développer progressivement. On n'a pas encore vu beaucoup de places de marché verticalement intégrées.
Wing Vasiksiri : Il y a quelques années, beaucoup d’investisseurs pensaient que ce secteur allait se développer. Il y en a quelques-uns, mais aucun n’a vraiment pris de l’ampleur. Je pense donc qu’il reste encore des bases à poser avant d’en voir émerger.
Jeremy Au : Vous parlez d'un truc comme Wayfair ? Vous parlez de… il y avait une entreprise d'aliments pour animaux aux États-Unis, dont le nom m'échappe, qui était aussi un marché de consommation verticalisé.
Wing Vasiksiri : Oui.
Wing Vasiksiri : Oui, exactement. Ce genre de choses, et aussi les sites de vente directe aux consommateurs. Les gens achètent encore principalement sur ces plateformes, n'est-ce pas ? Il existe quelques sites de vente directe aux consommateurs, mais ils doivent tous s'appuyer principalement sur la vente au détail hors ligne pour assurer leur croissance, et il faut un fondateur vraiment compétent pour s'y retrouver.
Construire sur les rails
Jeremy Au : Tout à fait. Un point intéressant que vous m'avez rappelé, c'est que les fondateurs doivent absolument s'appuyer sur ces infrastructures existantes. C'est une autre approche : plutôt que d'attaquer ou de se lancer dans une nouvelle stratégie axée sur le consommateur, j'apprécie beaucoup le rapport technologique d'Asia Partners, qui analyse la croissance des infrastructures en Chine, vague après vague.
Jeremy Au : Et ils ont essentiellement dit que le progrès technologique est un processus linéaire où, sans paiements numériques, il est difficile de créer des places de marché pour les consommateurs, car comment un consommateur pourrait-il acheter quelque chose à distance s'il n'a aucun moyen de le payer ?
Jeremy Au : Et ensuite, à partir de ces paiements consommateurs, ils développent également des transactions B2B. Je trouvais ça intéressant : que peuvent-ils bien construire par-dessus la plateforme de Shopee, et par-dessus celle de Grab ?
OpenAI et Neolabs s'installent à Singapour
Wing Vasiksiri : Oui, non, je pense que ce sont toutes les bonnes questions. L’autre tendance que je commence à observer, et qui est assez intéressante, c’est que non seulement les grands laboratoires comme OpenAI s’installent à Singapour, mais aussi les plus petits néolabs, comme Sierra, Cognition, Runway, Harvey, Legora — tous ouvrent leurs portes, installent leur siège régional Asie-Pacifique à Singapour et commencent à recruter davantage de personnel sur place.
Wing Vasiksiri : Je trouve ça formidable, car ce que l’on voit, c’est qu’OpenAI, du moins, s’implique beaucoup dans le soutien aux startups locales. Ils ont des équipes sur le terrain qui nouent des partenariats avec des startups financées par du capital-risque et qui leur accordent des crédits. Et pour revenir à ce dont nous avons parlé avec la Thaïlande la dernière fois, OpenAI a annoncé, il y a environ deux semaines, le lancement d’une initiative pour soutenir la prochaine génération de startups thaïlandaises spécialisées en IA.
Wing Vasiksiri : Il s'agit donc d'une collaboration entre OpenAI et le ministère thaïlandais de l'Enseignement supérieur, des Sciences, de la Recherche et de l'Innovation. Ils ont mis en place un programme d'accélération de huit semaines où, je crois, on obtient des crédits OpenAI, et il y a quelques entreprises dans cette première promotion, ce que je trouve vraiment passionnant.
Wing Vasiksiri : Oui, OpenAI offre à chaque équipe des crédits API, un accompagnement technique et un accès aux modèles de pointe. J’espère que nous verrons davantage d’initiatives de ce type. C’est vraiment enthousiasmant de voir cela émerger de Thaïlande.
L'essor des centres de données en Thaïlande et en Malaisie
Wing Vasiksiri : Oui. Non, parlons plutôt de la Thaïlande.
Jeremy Au : C'est intéressant aussi, car de nombreux centres de données sont en construction en Thaïlande. Au départ, cela m'a surpris, car on entend toujours parler de centres de données construits en Amérique ou au Moyen-Orient, là où l'énergie est bon marché et où il y a beaucoup de terrains. J'ai donc été surpris d'apprendre l'essor des centres de données en Thaïlande. À votre avis, quels en sont les facteurs ?
Wing Vasiksiri : Oui, l’électricité est relativement bon marché en Thaïlande par rapport au reste de la région. Et elle est fiable, n’est-ce pas ? On a donc accès à une alimentation électrique stable.
Wing Vasiksiri : Il y a énormément de terrains et d'espace disponibles. De nombreuses grandes entreprises avec lesquelles j'ai discuté investissent actuellement dans l'énergie, l'immobilier, les baies et la location de serveurs afin de construire tous ces centres de données. Si j'ai bien compris, la plupart de ces centres de données desservent encore des hyperscalers chinois.
Wing Vasiksiri : La Thaïlande ne compte pas beaucoup de partenaires cloud NVIDIA, n'est-ce pas ? Je pense donc que l'accès aux CPU et GPU de NVIDIA constitue le principal goulot d'étranglement. La plupart des solutions reposent sur le modèle « apportez votre propre puce », n'est-ce pas ? Les développeurs de centres de données fournissent le terrain, l'électricité et mettent en place l'infrastructure, mais vous devez fournir vos propres puces. Généralement, il s'agit d'un hyperscaler chinois qui possède ces puces et qui en est le principal client.
Wing Vasiksiri : Je crois qu'il n'y a actuellement qu'un seul partenaire cloud NVIDIA, Siam.AI. À ma connaissance, ils sont les seuls à avoir accès aux puces NVIDIA. On verra comment cela évolue, mais il est vraiment intéressant de constater les importants investissements réalisés dans ce domaine et le développement de nombreuses infrastructures.
Pourquoi Singapour a choisi de ne pas participer
Jeremy Au : Oui. Je trouve ça vraiment intéressant, car on assiste à un essor sans précédent des exportations technologiques à Singapour, à Penang (Malaisie) et en Thaïlande. Du côté de Singapour, les exportations technologiques sont particulièrement dynamiques, notamment dans les secteurs des semi-conducteurs, des centres de données et des circuits intégrés. De nombreuses usines sont implantées dans ces trois pays.
Jeremy Au : Singapour, Penang, Thaïlande… Ils expédient le matériel et l’assemblent sur place. C’est intéressant, car de mon point de vue, Singapour a évidemment du mal à construire des centres de données. Nous sommes un petit pays, nous n’avons pas beaucoup d’espace pour cela. Voilà un point important.
Jeremy Au : Deuxièmement, bien sûr, même si Singapour est un centre de raffinage et d'énergie, le pays ne possède pas de gisement pétrolier, contrairement à la Malaisie et à la Thaïlande. L'énergie bon marché n'est donc pas un avantage pour nous. Singapour est tributaire des prix des marchés mondiaux de l'énergie, ce qui lui garantit un approvisionnement énergétique fiable, même en cette période de crise énergétique mondiale.
Jeremy Au : Mais ce ne serait jamais vraiment bon marché, n'est-ce pas ? Comparé à une installation locale. Je trouve donc très intéressant que le gouvernement singapourien ait choisi de ne pas participer à l'essor des centres de données. Je me souviens avoir discuté avec un fonctionnaire qui, de son point de vue, estimait que les centres de données créaient des emplois, mais pas forcément des emplois que Singapour était en mesure de pourvoir, car il s'agissait surtout de métiers manuels comme électricien, plombier, maçon.
Jeremy Au : Et ce sont des emplois qui, à Singapour, sont en grande partie occupés par des travailleurs étrangers, n'est-ce pas ? Car ils bénéficient de permis de travail et de S-Pass, qui sont des visas locaux. De leur point de vue, cela ne crée donc pas d'emplois locaux, n'est-ce pas ? C'est une question dont ils prennent également en compte les dimensions politiques.
Jeremy Au : Je pense donc que les centres de données ne constituent pas une approche prioritaire pour le gouvernement singapourien, car l'utilisation de vastes étendues de terres, d'une grande quantité d'énergie et d'un quota important de travailleurs étrangers pour les emplois manuels serait politiquement difficile à justifier à Singapour, ce qui est, je crois, une dynamique naturelle.
Wing Vasiksiri : Oui. Je pense que la Thaïlande et la Malaisie ont été à l'avant-garde, du moins dans cette région, avec la construction de nombreux centres de données. Donc oui, on verra comment cela évoluera.
Jeremy Au : Oui. Je pense que c’est aussi lié à la stabilité politique, relativement parlant, notamment pour la Malaisie et la Thaïlande en Asie du Sud-Est.
Jeremy Au : Je trouve intéressant d'aborder aussi le sujet des hyperscalers. Je ne l'avais pas remarqué, mais en le mentionnant, c'est devenu évident : ce sont en grande partie les Chinois qui développent les hyperscalers. Quand on le dit, oui, ça leur paraît évident.
Jeremy Au : C’est proche pour eux, facile d’accès, et politiquement neutre pour la construction de ces centres de données. En revanche, aux États-Unis, les tensions géopolitiques les empêchent de le faire. Je sais qu’ils essaient aussi de s’implanter un peu au Moyen-Orient, mais là encore, la voie est semée d’embûches.
Wing Vasiksiri : Oui, je pense qu'on observe une forte croissance du côté des hyperscalers chinois. Presque toutes les infrastructures déployées en Malaisie ont été conçues pour les servir, n'est-ce pas ? Les laboratoires américains finiront probablement par en absorber une partie également.
Jeremy Au : Sur ce, je pense que c’est le bon moment pour conclure, et je vous verrai la prochaine fois.
Wing Vasiksiri : Génial ! Merci Jeremy de m’avoir invité.